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Un feuilleton numérique chez SMARTNOVEL : Le Baiser de la Reine de Aubert & Cavali
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Un feuilleton numérique chez SMARTNOVEL : Le Baiser de la Reine de Aubert & CavaliLE BAISER DE LA REINE
Le roman de Aubert & Cavali sort chez SMARTNOVEL
en feuilleton numérique sur abonnement. Tu pourras ainsi le lire sur ton ordinateur, ou sur ton téléphone mobile... Accès au premier chapitre gratuitement: Kim La seule chose que je peux dire, c’est que je ne pensais pas que ça aurait ce goût-là. C’est vrai, quoi ! Une araignée farcie, puis grillée en brochette sur un butagaz… Une araignée bien grosse, et qui en a pris un bon coup dans la gueule avant, puisque tout le truc c’est de la farcir vivante, on imagine une saveur un peu amère, un goût de soufre, sec au dehors et collant à l’intérieur. Gluant, même. Eh bien, pas du tout. Pensez à une pomme d’amour. L'extérieur craquant comme du caramel, et à l’intérieur, une fraîcheur, une finesse… Décidément, la Grande Cuisine Vietnamienne est le sommet de la gastronomie mondiale. Bien sûr, ce n’est pas une recette qu’on trouve dans le premier bouquin venu. Mais Bhô, mon grand-père, m’a aidé. C’est lui qui m’a donné le secret. Un secret de famille. Son père était restaurateur, là-bas, à Saigon. « Maï », ça s’appelait, son resto. J’ai aussi passé des heures à chercher des recettes sur Internet. Parce que, en dehors de la cuisine vietnamienne, ma spécialité c’est le Net. Je surfe tant que je peux - pas trop non plus parce que mon père n’est pas d’accord. J’ai donc navigué de page en page, avec mes rêves de grande cuisine. Pour rien. Pourtant, j’en ai fait, des blogs ! Des blogs de cuisine, de tourisme, des sites officiels vietnamiens, des forums… Eh bien, niet, nada, nothing ! Heureusement que le vieux Bhô m’a tout raconté en détail : la vie là-bas et la bouffe. Comment j’aurais fait, si je n’avais pas eu un grand-père dont l’horloge interne s’est arrêtée il y a des siècles ? Je n’aurais pas pu compter sur mon père ! Lui, il n'a qu’un mot à la bouche : l’adaptation. Il nous parle à longueur de journée de la force d’adaptation des peuples immigrés. Surtout celle des Asiatiques. Mon père dit que mon grand-père a une araignée au plafond, mais moi je pense que c’est lui qui a un caméléon dans la cafetière. Sa théorie, c’est que toutes les cuisines du monde se ressemblent, seules les sauces changent. C’est comme ça qu’il se retrouve à tenir un resto tex-mex où il sert des nems à la sauce Tabasco. D’accord, c’est un peu par hasard : quand il a voulu ouvrir un resto vietnamien, la société d’import chargée des livraisons de produits exotiques s’est trompée. Elle lui a livré du Tabasco au lieu du Nuoc Man qu’il attendait. Mon père avait déjà inondé la rue de la République et le vieux port avec ses tracts publicitaires. RESTAURANT « LA RIVIÈRE DES SEPT PARFUMS » SUR LE VIEUX PORT À CÔTÉ DU BAR DE LA MARINE Trop tard pour reporter l’ouverture. Alors mon père n’a fait ni une ni deux : il a posé un chapeau de cow-boy sur la tête des mandarins qui décoraient sa vitrine, et il a ouvert un Tex-Mex-Vietnamien. Le premier de Marseille - et même du monde ! Voilà pourquoi, quand on me demande au collège le métier de mon père, je réponds n’importe quoi plutôt que d’avouer qu’il tient un resto. J’ai trop peur de voir les profs se pointer. Des fois, je reste pas loin de la réalité, je dis qu’il est serveur. Des fois, je dis qu’il est flic, parce que depuis la série du Chinois, le super-flic de Marseille, c’est admis que les Asiatiques réussissent bien comme flics à Marseille. Moi, je veux devenir un « grand chef culinaire ». Et ma spécialité, avec l’aide de Bhô, ça sera les vraies recettes vietnamiennes. D’après lui, ce qu’il faut cuisiner, c’est des chiens et des chats. Seulement rien que d’y penser, ça me fait mal. Il faudrait que je m’exerce sur Octave, notre chat, mais c’est impossible : dès qu’il m’aperçoit, il vient se frotter contre mes jambes en ronronnant. Je ne me vois pas lui plonger un couteau entre les épaules pendant qu’il me mordille les chaussures. Mais en discutant avec Bhô, l’idée m’est venue que je pourrais essayer les araignées. Je pensais que ça serait plus facile. Pas une minute, je n’aurais imaginé que même l’araignée la plus dégueulasse du monde, celle qu’on a envie d’écraser dès qu’on la voit, hé bien quand on l’élève, qu’on la nourrit, qu’on la voit grandir, c’est fatal qu’on s’y attache. Mais là, j’anticipe. Ce jour-là, j’ai donc décidé de m’entraîner sur des araignées. Seulement, les araignées françaises, en tout cas les Marseillaises, elles ne font pas le poids. Pas assez grosses pour être farcies. Parce que tout le truc, pour que le plat soit goûteux, c’est la farce. On la prépare avec du porc, des pousses de bambou, du soja, de la coriandre et des crevettes. Ces éléments représentent la terre, l’air et l’eau. Ils doivent toujours être réunis : c’est le secret de la grande cuisine vietnamienne de tradition. Entre autres. Pour commencer donc, trouver une araignée bien charnue. Alors j’ai cherché, j’ai cherché. Je suis devenu copain avec l’aveugle, à côté, parce que ça doit faire au moins vingt ans que ses bêtes empaillées n'ont pas vu un balai, dans son magasin. En plus, je pouvais chercher tranquillement sans qu’il s’en rende compte, du moment que j’entretenais la conversation. Un jour, j’en ai trouvé une avec un abdomen d’un centimètre de large, noir avec trois points blancs, des pattes velues et trapues. Costaude. J’ai mis deux heures pour l’attraper. J’avais peur qu’elle me pique. Une vraie tête de vampire mortel, comme dans Twilight. Je l’ai montrée à Bhô, mais elle n'a pas passé l’examen trois secondes. Pas assez grosse. Il a carrément rigolé quand il l’a vue. Son rire s’est transformé en quinte, il est devenu tout rouge et j’ai cru qu’il allait étouffer sous mes yeux. Peut-être qu’il l’a comparée à celle qu’il a au plafond, et alors là, c’est sûr qu’elle ne pesait pas lourd. Je l’ai ramenée sur sa chouette empaillée, sans qu’elle se rende compte de sa chance. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’explorer ailleurs, vers la Joliette, le port de Marseille. Je pensais que sur les cargos, il pouvait y avoir une énorme bestiole qui aurait envie de voir du pays et se retrouverait à quai. C’était bien raisonné. Je ne dis pas que ça s’est fait tout seul, non ! Mais il y avait ce cargo à quai depuis des mois, avec des marins coréens et philippins qui passaient leur temps à jouer aux cartes. Ils s’étaient mis en grève parce que leur paye n’arrivait plus… Mais ça n’avait rien changé, tout le monde s’en fichait. J’ai d’abord traîné autour, on n’avait pas le droit de s’approcher. Et puis les marins se sont habitués à moi. Pour rentrer dans le port, j’avais raconté que j’avais un exposé à faire sur les dockers. Je faisais celui qui prend des notes. Et un jour, Sumo a descendu la passerelle. Royal, dans le soleil couchant. Tout le monde l’appelle Sumo parce qu’il pèse 150 kg pour 1,96 mètre. Il a aussi des cheveux longs qu’il porte en chignon pour accentuer la ressemblance. En réalité, Sumo est hawaiien. Il paraît qu’il a vraiment fait un entraînement de sumo à Tokyo, mais il en a eu marre de prendre des coups sur la tête chaque fois qu’il n’obéissait pas. Il n'est pas doué pour la discipline, Sumo. Il s’est sauvé en Corée où il s’est embarqué sur ce cargo qui a navigué deux ans avant de se planter sur ce quai de la Joliette. J’ai commencé à discuter avec lui et il m’a appris quelques prises de sumo. On n’est pas vraiment assortis question poids et taille, mais on se complète. Finalement, j’ai eu le droit de monter à bord, et c’est ce jour-là que je l’ai vue. Elle, la Reine des Araignées. Elle se frottait les babines avec ses pattes duveteuses en bavotant un fil luisant, juste sous la table où les marins jouaient aux cartes. Un fin rayon de soleil la frôlait, illuminant la toile qu’elle tissait à une rapidité incroyable, pendant qu’un petit courant d’air en faisait vibrer les reflets argentés. Je suis sûre qu’elle a senti mon regard car elle s’est immobilisée une fraction de seconde. Puis elle a repris son activité frénétique. La Reine des Araignées. Venimeuse ? Sumo l’a vue et il a voulu la tuer, mais je lui ai expliqué que je la voulais et il a réussi à l’attraper. Il a fallu une boîte à chaussure pour la ranger tellement elle était grosse. Pour être informé de l'ouverture des abonnements, laisse ton adresse email chez SmartNovel Gisele CAVALI
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